Henri Royer (Nancy 1869 - 1938 Neuilly-sur-Seine)
Etude de Christ, 1891
Fusain et sanguine sur papier, 620 x 286 mm
Signé, daté b.d. : Henri Royer 91

 

Henri Royer, fils d’un imprimeur-lithographe de Nancy, est formé par le lorrain Emile Friant qui l’accompagne en Belgique, en Hollande, en Italie et sur la côte d’Azur. D’abord élève à l’école des Beaux-Arts de Nancy puis de Paris, il entre finalement à l’Académie Julian, où il suit l’enseignement  de Jules Lefebvre, de Théodore Devilly et de Léopold Flameng.

Le peintre expose régulièrement au Salon des Artistes Français, à partir de 1890, essentiellement des scènes de genre et des portraits mondains, dans un style naturaliste influencé par Bastien-Lepage qui s’est éteint quelques années plus tôt, en 1884.

En 1896, il découvre la Bretagne et s’installe à Audierne. Dès lors, il s’attache à représenter les traditions et la ferveur catholique des habitants du Cap Sizun dans le Finistère Sud. Comme de nombreux artistes à cette période (Merson, Dagnan-Bouveret), il est touché par la spiritualité de cette province reculée, encore préservée du monde moderne. Son œuvre la plus emblématique, l’Ex-voto, met en scène un marin rescapé d’un naufrage déposant une offrande à la Vierge. Cette œuvre, qui vaut à l’artiste la médaille du Salon de 1898, est acquise par l’Etat pour le musée de Quimper. L’artiste adopte la même démarche qu’un peintre comme Dagnan-Bouveret : malgré l’intention portée aux détails et l’apparent souci de réalisme, il reconstitue la scène en atelier, tout en s’inspirant des lieux et des témoignages des bretons sur cet événement auquel il n’a jamais réellement assisté.

Dans la lignée de Dagnan-Bouveret, notre artiste participe activement renouveau de la peinture religieuse à la fin des années 1890, par son engagement mystique et son ouverture au symbolisme.

Notre académie d’homme pourrait constituer une étude préparatoire pour une Crucifixion, non localisée. L’artiste adopte vraisemblablement une méthode de travail similaire à celle Dagnan-Bouveret, qui préparait méticuleusement ses compostions religieuses en réalisant des photographies, des études au fusain et au crayon, et des esquisses peintes. Les motifs et protagonistes sont étudiés séparément et dessinés d’après nature, avec une grande précision. Ici, le corps nu, presque androgyne, représenté de manière frontale, est à peine suggéré, tandis que l’attention est presque exclusivement portée sur le visage : la tête penchée vers l’arrière, les yeux levés au ciel, évoquent un Christ implorant, en proie à une intense douleur physique et spirituelle. Henri Royer livre ainsi une image profondément humaine d’un Christ en souffrance, d’un naturalisme saisissant (ill.1).

On retrouve, dans notre dessin, le style élégant et pur, caractéristique du style graphique de Royer. Le trait ingresque, le contour évanescent et le modelé et vaporeux du corps, traduit par un subtil jeu d’estompe, suggèrent une atmosphère empreinte de mysticisme, et offrent un précieux témoignage de la virtuosité technique de l’artiste.

 

 

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ill. 1 : Dagnan-Bouveret, Tête de Christ, étude pour le Christ et les disciples à Emmaus, fusain sur papier, 37 x 35 cm, Pittsburgh, Frick Art & Historical Center.