Gustave Courtois (Pusey, 1852 – Paris, 1923)
Narcisse
Plume et lavis, 9 x 15 cm
Inscription apocryphe J.J Henner

 

 

Gustave Courtois est issu d’une famille modeste originaire de Haute-Saône. Son intérêt pour l’art lui vient très jeune et c’est Jean-Léon Gérôme qui lui conseille en 1869 d’entrer à l’École des Beaux-Arts de Paris. A partir des années 1880, Courtois partage un atelier avec Pascal Dagnan-Bouveret et enseigne la peinture à l’Académie de la Grande Chaumière et à l’Académie Colarossi de Paris. Il est l'auteur de portraits, de scènes de genre et de scènes mythologiques.

Notre dessin au lavis et à la plume représentant un jeune homme à la silhouette gracile, presque féminine, allongé dans l’herbe et inanimé illustre le mythe de Narcisse. En dépit de la signature "Henner", sans doute ajoutée à une date postérieure, la feuille est bien de Gustave Courtois. Courtois a en effet peint en 1872 une composition similaire aujourd’hui conservée au Musée des Beaux-Arts de Marseille (Ill.1).

Narcisse fils d'Endymion et de Séléné, hérite de la grande beauté de sa mère. Le devin prédit qu’il vivra aussi longtemps qu'il ignorera son image. Un jour, assoiffé à cause de la chaleur, il se désaltère à une source. En apercevant le reflet de son visage dans l'eau, il est saisi d'admiration devant sa propre beauté mais lorsqu’il se rend compte qu'il ne pourra jamais s'aimer, il se suicide de désespoir. Des variantes à l'histoire de Narcisse sont connues, mais toutes peuvent se rapprocher du thème de l'androgyne. Narcisse a une sœur jumelle, en tous points semblable à lui. A force de vivre à ses côtés, il tombe amoureux d'elle. Lorsqu'elle meurt, le jeune homme prend l'habitude de contempler son reflet dans l'eau pour soulager son immense chagrin (description de la Grèce de Pausanias). En outre, Narcisse incarne un interdit comme Œdipe (ill.2): celui de ne pas aimer l’autre mais soi-même.

La position de Narcisse rappelle fortement celle d’un corps sans vie et une crispation liée à sa soif inassouvie. Gustave Courtois semble s’être inspiré du Narcisse de Poussin qu’il a sans doute eu l’occasion d’admirer au Louvre. En effet, la fréquentation du musée tient une place fondamentale dans la formation délivrée par l’académicien Gérôme (ill.3).

Gustave Courtois s’est maintes fois penché sur le thème du nu masculin. Homosexuel décomplexé, il est fasciné par la plastique et la sensualité des corps, qui apparaissent tantôt androgynes comme dans notre œuvre, tantôt exagérément musclés comme en témoignent les voluptueuses représentations du célèbre lutteur Maurice Deriaz (ill.4).

 

1 200 €

 

 

 

Ill.1 - Narcisse, 1872
Musée des beaux-arts de Marseille

 

Ill. 2 - Oedipe assassinant son père,
Vente Thierry de Maigret, 18 Juin 2009

 

Ill. 3 - Echo et Narcisse, Nicolas Poussin,
Musée du Louvre

 

Courtois - Deriaz
Ill. 4 - Portrait de Maurice Deriaz
Collection privée