François-André Vincent (Paris 1746-Paris 1816)
Portrait-charge de l'architecte Pierre Rousseau, portant un bonnet de nuit, 1773
plume et encre brune sur papier, 155mm
Signé, daté et localisé: Vincent f.R. 1773

Littérature:
J-P Cuzin et I. Mayer, « Quelques nouveaux Vincent », Onzième rencontres internationales du Salon du Dessin : De David à Delacroix. Société du Salon du Dessin, Paris 2016, note 50 p. 97, illustré p. 215

 

Fils d’un miniaturiste d’origine genevoise, François-André Vincent se forme d’abord auprès de son père avant d’entrer à l’Académie où il est l’élève de Joseph-Marie Vien. Il remporte le Prix de Rome en 1768 avec une toile ayant pour sujet Germanicus apaisant la sédition dans son camp. Vincent part pour Rome en 1771 et séjourne en Italie jusqu’en 1775. Ces quatre années sont essentielles pour l’artiste qui peint de nombreux tableaux et dessine sans arrêt. Les premières années de son séjour romain révèlent un goût prononcé pour l’expérimentation et l’invention. La confrontation avec Bergeret de Grancourt et Fragonard, tout comme les contacts établis avec d’autres cercles romains, lui permettent d’acquérir une pleine maturité dans les deux années qui suivent. En 1774, il voyage à Naples avec Fragonard et Bergeret. Vincent accueille à Rome toutes les suggestions : il emprunte à l’Antique comme à Raphael, admire les bolonais du Seicento, Guido Reni et Guerchin, s’inspire du caravagisme de Mattia Preti. Le relâchement du cadre réglementaire de l’Académie ne favorise pas la production d’œuvres scolaires et permet donc à Vincent d’explorer de nouveaux domaines. Sa curiosité et son talent lui ouvrent l’accès à différents cercles que les français n’ont pas l’habitude de fréquenter. Il regarde alors les peintres romains comme Pier Leon Ghezzi ou Pompeo Batoni et fréquente les Suédois et les Danois, notamment Sergel et  Alcibiade.

 

Au cours de ce foisonnant séjour romain Vincent va réaliser de nombreux portraits-charges représentant ses amis pensionnaires à la Villa Mancini. Plus de quatre-vingt de ces dessins, œuvres à part entières, nous sont parvenues. Leur qualité et leur diversité en font une frange majeure de la production graphique de l’artiste qui leur accordait beaucoup d’égard. En effet, ces dessins presque toujours signés et datés, étaient montés par l’artiste ou ses amis et réunis dans des ensembles témoignant de leur importance. La passion de Vincent pour la caricature va bien au-delà du simple divertissement : ce genre lui offrait un terrain d’expérience graphique inouï et un véritable espace de liberté.  Il utilisa tous les mediums graphiques disponibles (pierre noire, sanguine, plume, lavis) pour réaliser ses virtuoses séries de portraits charges qui attestent au fil de son séjour italien de son évolution en tant qu’artiste. Témoignages historiques de première importance, ces dessins nous renseignent sur le caractère de Vincent et l’ambiance qui régnait entre les différents artistes à l’Académie de France. Paris, Berthélémy, Le Bouteux, Jombert, Lemonnier et comme dans nos deux dessins l’architecte Rousseau, furent autant de victimes consentantes.

 

Vincent et Rousseau semblent avoir été de proches amis à Rome à partir de 1773. Deux caricatures en pied de l’architecte, datées comme nos deux médaillons de 1773, nous sont parvenues (voir Cuzin D.89 et D.90), ainsi que de nombreux autres charges postérieurs, et un superbe portrait peint en 1774 (Saint-Omer, Musée de l’Hotel Sandelin). Il figure aussi dans le célèbre Triple portrait de l’artiste, de l’architecte Pierre Rousseau et du peintre Coclers Van Wyck de 1775 (Ill.1 ; paris, Musée du Louvre). Pierre Rousseau (1751-1829) arriva à Rome en 1773 et y séjourna jusqu’en 1775. Architecte néo-classique, il fut très actif à Paris où il réalisa notamment l’hôtel de Salm, actuel Palais de la Légion d’honneur. Il fut architecte des bâtiments nationaux sous le Consulat, l’Empire et la Restauration.

 

Nos deux dessins à la plume nerveuse font donc partie des premières représentations de l’architecte par Vincent. Le format en médaille et la représentation de profil rappelle les sérieux et formels portraits contemporains contrastant avec le caractère exagéré des traits pour créer un effet comique.

 

 

Ill.1 : François-André Vincent, Rousseau cogitant, portrait charge de l’architecte Pierre Rousseau. 1775. Plume et lavis brun sur papier, 229 x 172 mm, Paris, musée Carnavalet
Ill.2 : François-André Vincent, Triple portrait de l’artiste, de l’architecte Pierre Rousseau et du peintre Coclers Van Wyck, 1775. Huile sur toile, 81 x 98 cm. Paris, musée du Louvre.