Ary Scheffer (1795-1858)
Hamlet
Plume et encre de Chine, lavis gris, aquarelle et gouache sur papier, 173 x 105 mm

Bibliographie :
Louis-Antoine Prat, Dessins romantiques français provenant de collection privées parisiennes,
(exposition, musée de la vie romantique, Paris, 3 mai-15 juillet 2001), p 70

 

Fils du peintre hollandais Johann Bernhard Scheffer, Ary Scheffer se rend à Paris peu après la mort de celui-ci pour se former dans l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin. La carrière de Scheffer prend son essor à partir du Salon de 1819 où il expose le Dévouement patriotique de six bourgeois de Calais. En 1827, il décrit, dans Les femmes souliotes, un épisode dramatique de la guerre d’indépendance grecque. La représentation de ce suicide collectif lui vaut une renommée considérable. Cette reconnaissance va de pair avec son talent de portraitiste. Il peint ainsi les portraits de plusieurs personnalités : Liszt, Chopin, La Fayette, Lamartine, Béranger et la reine Marie-Amélie. Très proche de la famille royale et professeur de dessin de la princesse Marie d’Orléans, il est particulièrement à l’honneur sous la Monarchie de Juillet. Chargé de la réorganisation du musée historique de Versailles, il exécute plusieurs compositions pour la Galerie des Batailles, dont Charlemagne à Paderborn, L’entrée de Philippe-Auguste à Paris et L’entrée de Charles VII à Reims. Après l’instauration de la Deuxième République en 1848, il cesse définitivement d’exposer au Salon. Il continue cependant de produire un grand nombre d’œuvres, reclus dans son atelier jusqu’à sa mort, à Argenteuil, en 1858.

Habitué à représenter des sujets populaires et des faits de l’histoire contemporaine, il se tourne à partir des années 1830 vers la littérature romantique : il puise ses thèmes chez Byron et Goethe, et illustre une série de sujets tirés de Faust, parmi lesquels Marguerite au rouet, Faust tourmenté par le doute et Marguerite au puits. Il exécute également des versions de Mignon d’après Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe, et réalise une œuvre très appréciée par la critique contemporaine : Francesca da Rimini, inspirée de la Divine Comédie de Dante. Notre dessin s’inscrit dans cette veine littéraire. La redécouverte de l’œuvre de Shakespeare au début du XIXe siècle suscite un véritable engouement chez les artistes romantiques, à l’image de Scheffer qui dessine ici Hamlet dans une attitude désespérée. Notre dessin fait pendant à une autre aquarelle représentant Ophélie (ill.1). Les deux personnages sont reconnaissables à leurs habits médiévaux, noirs pour Hamlet et blancs pour Ophélie, ainsi qu’à leur attitude triste et résignée suggérant leur amour impossible. Scheffer traduit ici l’image du penseur mélancolique véhiculée par Hamlet, homme éternellement déchiré entre sa quête d’amour et son devoir d’homme qui inspira tant les artistes romantiques.

 

 

 

 

 

Ill. 1 : Ary Scheffer, Ophélie, plume et encre de Chine, lavis gris, aquarelle et gouache sur papier, 173 x 105 mm, Paris, collection particulière.